Mémoire présenté dans le cadre des consultations prébudgétaires en vue du prochain budget fédéral de 2025
Introduction
Olympiques spéciaux repose sur un principe simple : le sport a l’incroyable capacité de transformer des vies, de changer les mentalités et de renforcer les collectivités. En unissant les gens, Olympiques spéciaux nous enseigne à reconnaître nos ressemblances plutôt que nos différences. Nous croyons que le sport a la capacité d’ouvrir les cœurs et les esprits vis-à-vis les personnes ayant une déficience intellectuelle et de créer des collectivités inclusives partout au Canada.
Olympiques spéciaux Canada et ses sections mettent en valeur l’identité, les perspectives et les expériences uniques de chaque personne. Nous encourageons et soutenons activement la participation de personnes issues de tous les milieux de la société canadienne au sein de notre organisation. Nous nous engageons à créer et à maintenir un environnement sûr, accessible, diversifié et inclusif.
La Stratégie de santé d’Olympiques spéciaux Canada vise à promouvoir l’inclusion dans le domaine de la santé pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale (DID). Elle s’appuie sur les quatre piliers fondamentaux du cadre de santé de Special Olympics International, soit la prévention, l’évaluation, la formation et les systèmes de santé. Chaque pays membre de Special Olympics International adapte et met en œuvre sa propre stratégie en fonction de ces piliers.
Comme le concept de la santé peut varier d’une région à l’autre, cette stratégie permet aux différentes sections d’adapter leurs approches au contexte local tout en soutenant des objectifs de santé nationaux et mondiaux communs.
Le programme Athlètes en santé d’Olympiques spéciaux intègre de saines habitudes de vie et des discussions sur la santé dans l’entraînement, la compétition et les routines quotidiennes. Il encourage les athlètes, le personnel d’entraînement et les bénévoles à considérer la santé non pas comme une démarche isolée, mais comme un facteur qui favorise le bien-être et la participation à long terme. Depuis 2007, Olympiques spéciaux Canada a offert gratuitement plus de 35 000 contrôles de la santé, a formé plus de 4 000 professionnel·le·s de la santé et étudiant·e·s, et a distribué des ordonnances à plus de 3 800 athlètes, dont bon nombre ont obtenu des lunettes correctrices sans frais. Les services de contrôle de la santé couvrent diverses disciplines, y compris la santé physique, l’optométrie, l’audiologie, la dentisterie, la nutrition, la santé mentale et émotionnelle, la podologie et la physiothérapie. Le programme a notamment permis de détecter des problèmes de santé, de soulager des douleurs et de fournir des services de santé auxquels de nombreux athlètes n’auraient autrement pas accès.
Recommandation no 1 :
Que le gouvernement du Canada, en partenariat avec Olympiques spéciaux Canada et des organismes nationaux de santé, élabore une stratégie globale visant à réduire les disparités dans les services de santé pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale (DID), en mettant l’accent sur la santé mentale et la santé des femmes, notamment grâce à un investissement de 20 millions de dollars sur quatre ans.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, les personnes ayant une DID se voient souvent refuser l’accès à des services de santé et à des interventions communautaires, malgré des besoins criants et un risque accru de développer des problèmes de santé. De plus, très peu d’interventions et de programmes s’adressent précisément à ce groupe de la population.
Les prestataires de soins de santé et les étudiant·e·s reçoivent de la formation générale dans diverses disciplines médicales et cliniques, mais ont rarement l’occasion de travailler auprès de personnes ayant une DID afin d’acquérir les compétences nécessaires pour répondre à leurs besoins particuliers. Cette situation est exacerbée par un manque de ressources spécialement conçues pour les personnes ayant une DID, lesquelles leur permettraient de se renseigner sur différents problèmes de santé et les options de traitement.
En 2022, 1,5 % de la population canadienne âgée de plus de 15 ans, soit près de 457 000 personnes, a déclaré avoir une déficience développementale. Toutefois, le taux réel serait nettement plus élevé, puisque ce chiffre ne tient pas compte des personnes incarcérées ni des personnes qui vivent dans des foyers de groupes ou dans des réserves.
Les clinicien·ne·s qui œuvrent au sein du système de soins de santé mentale au Canada signalent généralement un manque de formation pour identifier et prendre en charge les besoins en matière de santé mentale des personnes ayant une DID. En 2022, une femme âgée de 15 à 24 ans sur cinq (19 %) avait une incapacité liée à la santé mentale, comparativement à un homme du même groupe d’âge sur dix (9 %). La prévalence des incapacités liées à la santé mentale était également plus élevée chez les femmes que chez les hommes dans la plupart des autres groupes d’âge, à l’exception des hommes âgés de plus de 65 ans.
Selon la revue médicale Le Médecin de famille canadien, les personnes ayant une DID sont plus susceptibles de souffrir de stress psychologique et de traumatismes que la population générale. Toutefois, leurs symptômes sont souvent mal compris ou mal diagnostiqués. Le Programme de soins primaires pour les personnes ayant une déficience intellectuelle met de l’avant l’importance des interventions adaptées en matière de santé mentale et des soins tenant compte des traumatismes. Il souligne également l’intégration inégale de ces approches dans les pratiques cliniques.
Les personnes ayant une DID présentent généralement un risque accru de développer des problèmes de santé, et un accès limité aux soins de santé peut aggraver ce risque, tout comme la complexité du système de santé ou des expériences de soins qui laissent à désirer. La prévalence de problèmes de santé concomitants – troubles de santé mentale, épilepsie, maladies gastro-intestinales, mobilité réduite – rend la situation encore plus complexe. En effet, la prise en charge d’un état comorbide nécessite souvent une coordination des soins entre différentes spécialités, et celle-ci est généralement difficile à mettre en place en raison des obstacles décrits précédemment. Une collaboration interdisciplinaire et des modèles de soins intégrés permettraient de remédier à cette complexité, améliorant ainsi les résultats et réduisant les risques d’erreurs médicales.
Les lacunes dans la formation entraînent un taux élevé de besoins médicaux non satisfaits chez les personnes ayant une déficience. En 2022, 66,1 % des personnes ayant une incapacité au Canada ont déclaré au moins un besoin insatisfait en ce qui concerne les services de soins de santé, les médicaments sur ordonnance, les aides ou appareils fonctionnels, ou l’aide pour les activités quotidiennes.
Pour Olympiques spéciaux, l’inclusion dans le domaine de la santé signifie que les personnes de toutes les capacités ont accès à des soins efficaces et adaptés à leurs besoins. La santé inclusive garantit que les personnes ayant une DID bénéficient pleinement des mêmes programmes et services de santé que les personnes qui n’ont pas une DID afin de favoriser leur bien-être général dans le sport et dans la vie quotidienne. Les initiatives de santé d’Olympiques spéciaux font la promotion d’un accès équitable aux soins, en plus d’offrir des possibilités de sensibilisation et d’apprentissage par l’expérience.
Grâce à ces programmes, les prestataires de soins de santé et les étudiant·e·s ont l’occasion d’apprendre concrètement à communiquer efficacement avec les personnes ayant une DID, à répondre à leurs besoins et à les soigner avec humanité en milieu clinique. Il est démontré que les athlètes qui participent aux programmes d’Olympiques spéciaux ont 15 % moins de risques de diabète, 49 % moins de risques de dépression et une espérance de vie accrue de 2,5 ans en moyenne. Ces bienfaits pour leur santé se traduisent par des retombées économiques globales de 100 à 150 millions de dollars, puisqu’ils contribuent à réduire les coûts de soins de santé et à générer des revenus additionnels, ce qui renforce l’économie et favorise la santé des collectivités.
En tant qu’organisation directrice, Olympiques spéciaux Canada travaillerait en partenariat avec des organismes de santé nationaux, provinciaux et territoriaux pour réaliser les objectifs de développement stratégique suivants :
-
Élargir l’accès aux ressources en matière de santé mentale;
-
Améliorer la portée du programme Athlètes en santé d’Olympiques spéciaux afin de remédier aux disparités de longue date en matière de santé;
-
Élaborer des stratégies nationales visant des initiatives en faveur de la santé des femmes pour les personnes ayant une DID.
Cette collaboration permettrait aux prestataires de soins de santé de partout au Canada d’acquérir les compétences pratiques nécessaires pour offrir des soins inclusifs et centrés sur la personne, renforçant ainsi l’ensemble du système de santé et améliorant les résultats pour les personnes ayant une DID. Selon les discussions préliminaires, nous estimons l’investissement total à prévoir au budget fédéral de 2025 à environ 20 millions de dollars.
Recommandation no 2 :
Que le gouvernement du Canada investisse au moins 10 millions de dollars sur quatre ans pour soutenir la recherche et la réconciliation avec les Autochtones par le sport pour les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale (DID), y compris la création d’une section d’Olympiques spéciaux au Nunavut.
Au Canada, environ 30 % des Autochtones, soit plus de 420 000 personnes, auraient une déficience ou une limitation fonctionnelle; ce taux se chiffrerait à 22 % chez les populations non autochtones.
Les Autochtones ayant une déficience font davantage face à des obstacles qui limitent l’accès aux soins de santé, aux services sociaux et à l’éducation que les populations non autochtones en raison de facteurs tels que des conflits de compétence entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, des défis d’ordre géographique qui entravent l’accès aux services, un manque de services adaptés sur le plan culturel et de la discrimination.
Dans une récente étude de l’Association des femmes autochtones du Canada, plus de 70 % des personnes ont indiqué avoir éprouvé des difficultés liées à l’accessibilité au moment d’interagir avec des fonctionnaires du gouvernement fédéral ou d’accéder à des services.
Les populations autochtones du Canada traversent également une crise de santé mentale. Celle-ci est caractérisée par des taux disproportionnellement élevés de maladies mentales et de suicide, en particulier chez les jeunes, comparativement aux populations non autochtones.
Il est démontré que les athlètes (autochtones et non autochtones) qui participent aux programmes d’Olympiques spéciaux Canada présentent 15 % moins de risques de diabète et 49 % moins de risques de dépression que les personnes ayant une DID qui ne participent pas à ces programmes.
La présente recommandation vise un investissement permettant à Olympiques spéciaux Canada de soutenir la mise en œuvre et le développement de quatre programmes pour améliorer l’accès aux soins de santé pour les Autochtones, offrir des programmes sécuritaires aux familles d’athlètes ayant une DID et créer des communautés, en particulier dans le Nord du pays.
-
Élargir la portée du projet de recherche d’Olympiques spéciaux Canada, qui porte sur les bienfaits pour la santé mentale et le bien-être de la participation aux programmes de sport d’Olympiques spéciaux, dans les communautés autochtones. Un examen de la portée mené actuellement par une équipe de recherche autochtone de l’Université de l’Alberta a révélé une importante lacune dans la recherche : malgré le nombre croissant de personnes ayant une DID dans les communautés autochtones, il n’existe aucune étude sur l’incidence de la participation à des sports ou à des loisirs sur leur vie.
Cette lacune met en évidence une importante omission dans la documentation, en plus de refléter une négligence systémique plus large des perspectives autochtones sur la déficience, le sport, les loisirs et l’inclusion. L’absence totale d’études dans ce domaine souligne le besoin urgent de recueillir des données axées sur les voix et les visions du monde autochtones, de reconnaître les forces et les difficultés des familles et des communautés, et de soutenir des possibilités de sport et de loisirs accessibles, inclusives et adaptées à la culture pour les Autochtones ayant une DID.
Il importe de prendre des mesures pour veiller à l’élaboration de programmes et de politiques qui favorisent l’inclusion et le respect des valeurs culturelles et qui répondent aux besoins des Autochtones ayant une DID.
-
Élargir la formation sur la réconciliation et la lutte contre le racisme, de concert avec le Cercle sportif autochtone, pour sensibiliser les membres du personnel d’entraînement et les bénévoles. À l’heure actuelle, les membres du personnel du bureau national et du conseil d’administration ont suivi cette formation.
-
Accroître le financement accordé aux sections locales d’Olympiques spéciaux pour les projets axés sur la réconciliation, en s’appuyant sur les résultats de programmes antérieurs. De récents exemples comprennent la tenue des premiers Jeux provinciaux organisés dans une réserve des Premières Nations en Ontario; l’intégration d’enseignements autochtones dans l’entraînement d’équipe Ontario en vue des prochains Jeux nationaux à Medicine Hat; le partenariat entre la section des Territoires du Nord-Ouest et Indigenous Sport Circle Northwest Territories pour la prestation des Modules pour entraîneurs d’athlètes autochtones auprès des bénévoles et du personnel d’entraînement d’Olympiques spéciaux.
-
Investir dans des initiatives d’engagement communautaire, élaborer des cadres et créer une section d’Olympiques spéciaux au Nunavut. À l’exception du Nunavut, toutes les provinces et tous les territoires du Canada comptent actuellement une section d’Olympiques spéciaux.
La programmation de cette nouvelle section intégrerait des sports traditionnels autochtones, en plus des programmes actuels d’Olympiques spéciaux. L’accent serait mis sur la participation de l’ensemble de la communauté, à l’image du modèle d’inclusion unifié mis en œuvre dans d’autres régions du pays. Le programme de sports unifiés ouvre la voie à la participation sociale, au développement social et à l’inclusion en rassemblant des personnes ayant une DID et d’autres qui n’en ont pas au sein de mêmes équipes et en leur offrant des possibilités d’entraînement sportif et de compétition. Il s’inspire du principe simple selon lequel s’entraîner et jouer ensemble favorise les amitiés et la compréhension. Ce principe correspond bien à l’aspect collaboratif de la communauté et de la famille qui caractérise les communautés autochtones.
À la suite de la récente annonce d’une nouvelle base militaire à Iqaluit, le moment est propice pour investir dans la construction d’infrastructures indispensables, y compris une installation multisports pour les membres des Forces armées canadiennes, leur famille et les communautés inuites locales.
Conclusion
Les recommandations mises de l’avant dans le présent mémoire constituent une feuille de route pour assurer la pérennité des investissements canadiens dans des programmes communautaires qui favorisent l’inclusion des personnes ayant une DID dans toutes les facettes de la société canadienne. À long terme, les disparités sociales et en matière de santé coûtent cher aux gouvernements.
Les investissements dans la programmation d’Olympiques spéciaux Canada s’avèrent efficaces : la participation aux programmes génère des retombées économiques de 100 à 150 millions de dollars par année au pays en réduisant les coûts de soins de santé et en améliorant l’employabilité des athlètes, ce qui stimule les économies locales et favorise une croissance durable.
Olympiques spéciaux Canada compte fournir de plus amples renseignements sur la conception de programmes dans le cadre du processus réglementaire. Ensemble, nous pouvons créer des résultats qui répondent véritablement aux besoins des Canadien·ne·s ayant une déficience et qui contribuent à bâtir un pays plus inclusif et équitable.